PIERRE VALDO



Pierre Valdo était un riche marchand de la ville de Lyon et vivait dans la seconde moitié du 12ème siècle. Nous avons raconté comment l’Évangile avait été porté au IIème siècle dans cette grande cité et quelle cruelle persécution les fidèles y subirent. Dans la suite, de même que le reste de la chrétienté, l’Église de Lyon était tombée dans l’erreur et la superstition ; cependant des traditions évangéliques s’y étaient conservées, grâce au zèle et à la fidélité de quelques évêques qui avaient été à sa tête.

À l’époque où vivait Valdo, la masse du peuple était presque complètement ignorante, et les nobles, les plus illustres chevaliers même, ne savaient souvent ni lire, ni écrire. Avec le clergé, les marchands faisaient exception ; les nécessités de leur commerce exigeaient certaines connaissances. Pierre Valdo était donc lettré jusqu’à un certain point ; de plus, il était intelligent, de bonnes mœurs, pieux et bienfaisant, et honoré de tous. Quelques écrits des anciens pères de l’Église (*) étant tombés entre ses mains, il fut frappé de voir combien l’Église romaine s’était écartée du christianisme primitif. Le dogme de la transsubstantiation s’établissait alors, accompagné de l’adoration de l’hostie. Valdo ne put s’empêcher de voir dans l’un une chose contraire au simple bon sens, et dans l’autre une grossière idolâtrie. De plus, il avait remarqué que les pères en appelaient constamment aux Écritures, les citant pour appuyer ce qu’ils enseignaient. Il conçut dès lors un grand désir de les connaître.

(*) Le lecteur se souvient que l’on nomme ainsi les hommes éminents par leur science et leur piété, tels que Justin, Irénée, Tertullien, Augustin, etc., qui enseignèrent dans l’Église par leurs prédications et leurs écrits. Mais ils étaient des hommes faillibles, errèrent sur plusieurs points et se contredirent souvent.

Jusque-là on ne peut pas dire que la conscience de Valdo eût été réveillée. Sans doute que, comme bon catholique, il comptait sur ses bonnes œuvres pour être sauvé. Mais Dieu lui adressa un sérieux et puissant appel. Un soir qu’il était à table avec quelques amis, l’un d’eux tomba mort subitement. Valdo fut saisi à la pensée de l’incertitude de la vie. Ne pouvait-il pas, lui aussi, être appelé tout à coup à paraître devant Dieu ? Était-il prêt à rencontrer la mort ? Que lui fallait-il faire pour être sauvé ? Dans son anxiété il consulta son confesseur, lui dit que le meilleur moyen pour assurer son salut était de faire ce que le Seigneur avait dit au jeune homme riche : « Vends tout ce que tu as, et donne aux pauvres ». Valdo n’hésita pas. Il donna à sa femme et à sa fille ce qui leur était nécessaire, paya ce qu’il devait, et distribua le reste. Cela était-il vraiment le remède pour apaiser la conscience et procurer la paix à l’âme ? Donner tous ses biens peut-il expier les péchés ? Non, assurément. Valdo le sentit et chercha dans les Écritures la réponse aux besoins de son âme. Mais à cette époque, la Bible n’avait pas été traduite dans les langues vulgaires de l’Europe occidentale. On n’en avait que la version latine appelée la Vulgate qui avait suffi aussi longtemps que l’empire romain avait subsisté et que le latin avait été la langue dominante en Occident. Valdo ne se découragea pas. Aidé par deux prêtres, il traduisit la Bible dans la langue courante, et là, dans la parole de Dieu, il apprit où se trouvait le salut, dans la foi au Seigneur Jésus, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification.

Ayant ainsi trouvé la paix de son âme, il se sentit pressé d’annoncer à d’autres la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Comme nous l’avons dit, il distribuait ses biens aux pauvres ; mais en nourrissant leurs corps, il leur parlait des richesses impérissables de Christ. « Sa maison », dit un historien, « devint une florissante école et comme un hôpital public pour héberger et nourrir spécialement les pauvres qui venaient de dehors pour être instruits ».

À mesure que les Écritures devenaient plus familières à Valdo, il voyait plus clairement qu’elles condamnent bien des choses que l’Église de Rome enseigne, et qu’elles en renferment d’autres dont cette Église ne parle pas. Il avait donc deux choses à faire : premièrement, à apprendre et à faire connaître ce que l’Écriture enseigne, et secondement, à montrer que tout ce qui ne s’accorde pas avec Elle est condamné. C’est ce qu’il faisait dans ses instructions à ceux qui venaient à lui, ou bien en allant de maison en maison pour annoncer la vérité. Il eut bientôt un grand nombre d’adhérents. Pour répandre la vérité qu’il avait apprise, il fit faire des copies des Écritures, et ayant formé un certain nombre de disciples, il les envoya deux à deux pour colporter et expliquer les saints Ecrits. Ils allaient donc prêchant l’Évangile dans les chemins et sur les places publiques, écoutés avec attention par les foules et gagnant des âmes.

Mais il n’était pas possible que ce mouvement demeurât caché au clergé qui ne pouvait non plus y être indifférent, puisque de fait Valdo et ses disciples condamnaient Rome, ses erreurs et les pratiques de ses prêtres. L’archevêque de Lyon leur enjoignit de ne plus se mêler de la lecture et de l’enseignement de la Bible, sous peine d’être excommuniés et poursuivis comme hérétiques. Mais ils répondirent par ces paroles de l’Écriture : « Le Seigneur a dit : Allez et instruisez toutes les nations », et : Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ». L’archevêque avait dit à Valdo : « Si tu enseignes encore, tu seras condamné et brûlé comme hérétique ». — « Comment tairais-je ce qui concerne le salut éternel des hommes ? » répondit avec hardiesse le pieux serviteur de Christ. L’archevêque irrité voulait le faire saisir, mais il craignit le peuple. Valdo d’ailleurs avait tant d’amis à Lyon, aussi bien parmi les riches que parmi les pauvres, tant d’âmes qui avaient été amenées au Sauveur par son moyen, qu’il put rester caché dans la ville pendant trois ans, enseignant, encourageant et fortifiant les fidèles.

Le pape Alexandre III apprit ce qui se passait à Lyon. Il excommunia Valdo et ordonna à l’archevêque de procéder avec la dernière rigueur contre lui et ses adhérents. Valdo se vit ainsi forcé de quitter Lyon avec un certain nombre de ses disciples, hommes et femmes, afin d’échapper aux persécutions. Dans la main de Dieu, ce fut un moyen de répandre au loin l’Évangile et la Parole de Dieu dans toutes les contrées où ces fugitifs, qu’on appela « les pauvres de Lyon », portèrent leurs pas. Ils contribuèrent aussi à éclairer les nombreuses petites communautés qui n’acceptaient pas les erreurs de Rome, mais qui elles-mêmes n’étaient pas entièrement pures dans la foi. Elles étaient nombreuses et unies entre elles, puisque l’on dit qu’un de leurs membres pouvait voyager du sud de l’Italie au nord de l’Allemagne en logeant chaque soir chez un frère. En certaines contrées, comme aux environs de Trèves et dans le nord de l’Italie, ces communautés avaient des écoles publiques en plus grand nombre que les catholiques, et elles convoquaient les assemblées au son des cloches. Les persécutions exercées avec persévérance et cruauté par l’inquisition et le clergé eurent raison finalement de ces chrétiens qui refusaient de se soumettre à Rome ; il n’y eut que les vallées du Piémont où ils subsistèrent malgré tous les efforts de leurs ennemis, et où ils subirent les plus terribles persécutions, comme nous aurons l’occasion de le voir.

Pour revenir à Valdo, il se rendit, accompagné d’un grand nombre des siens, d’abord en Dauphiné dans les vallées de Freissinière, de Vallouise et de Valcluson, où se trouvaient d’anciennes communautés chrétiennes. De là plusieurs passèrent dans les vallées du Piémont où ils rencontrèrent les anciens Vaudois auxquels ils apportèrent leur traduction de la Bible. La persécution força Valdo à fuir de nouveau ; il alla en Picardie, puis en Allemagne et enfin en Bohême, travaillant toujours à l’œuvre du Seigneur. C’est dans cette dernière contrée qu’il termina paisiblement ses jours.

Quant aux disciples de Valdo, confondus sous le nom de Vaudois avec ceux que l’on nommait déjà ainsi, ils ne s’étaient pas, non plus que leur chef, séparés de l’Église. Ils réclamaient seulement l’autorisation de prêcher. Nécessairement Rome ne pouvait pas l’accorder. « Si nous le faisions », disait un prélat dans un concile, « on nous chasserait ». Malgré cela, ils continuèrent à évangéliser, et on les excommunia. Plusieurs se répandirent en Provence et en Espagne où ils eurent d’abord quelque succès, mais sous le règne d’Alphonse II, roi d’Aragon, ils furent aussi persécutés et chassés à l’instigation du clergé.

Pour terminer ce qui concerne les disciples de Valdo et les Vaudois, il faut ajouter qu’ils insistaient sur la doctrine capitale de l’Évangile, la justification par la foi, et qu’ils repoussaient toutes les cérémonies, les erreurs et les superstitions de l’Église romaine. Comme nous l’avons vu précédemment, ils étaient fermement attachés à la Bible, et se montraient recommandables par une vie pure qui contrastait avec celle que menait en général le clergé romain. N’est-ce pas une chose profondément intéressante de voir la puissance divine conserver, à travers les siècles et au milieu des efforts incessants d’adversaires acharnés, une lignée de témoins de la vérité évangélique, à part des souillures de la soi-disant vraie Église ? Ils formaient ce résidu dont parle le Seigneur dans sa lettre à Thyatire, et qui n’avait pas connu les profondeurs de Satan (Apocalypse 2:24).


retour page histoire

www.matth25v6.org - Copyright © Avril 2007
Depôt légal ® Tous droits réservés