JEAN CHRYSOSTÔME
L’histoire d’un autre homme remarquable de cette époque nous fera connaître, mieux qu’une description, l’état de l’Église à la fin du quatrième siècle. On y voit d’une manière frappante ce que le Seigneur annonçait d’avance dans la lettre à Pergame (Apocalypse 2:12-17). L’Église habitait dans le monde, assujettie au pouvoir impérial, et cherchant sa faveur ; le clergé se corrompait toujours plus dans cette association avec le monde, poursuivant la domination, les richesses, le luxe et les jouissances de la chair ; les cérémonies et les ordonnances d’un culte de plus en plus fastueux remplaçaient le culte en esprit et en vérité ; les saintes vérités de l’Écriture touchant le salut tendaient à disparaître sous des traditions et des idées superstitieuses, et des hérésies nombreuses troublaient les esprits et entretenaient des disputes sans fin. Au milieu de cet état de choses, il y avait cependant des hommes qui désiraient vivre pieusement et servir le Seigneur. Chrysostôme était de ce nombre.
Il se nommait Jean, mais à cause de sa merveilleuse éloquence, il fut surnommé Chrysostôme ou « bouche d’or », longtemps après sa mort. Il naquit en l’an 347, à Antioche, cette ville célèbre, non seulement comme l’opulente capitale de l’Asie, mais parce que là fut formée la première grande assemblée tirée d’entre les païens, et que là les disciples furent d’abord appelés « chrétiens ».
Le père de Jean mourut quand celui-ci était encore en bas âge. Sa mère était une femme pieuse qui sentait que son devoir était d’élever son enfant sagement et selon le Seigneur. Elle y consacra donc tous ses soins, et, bien qu’étant encore jeune, elle refusa de se remarier pour se vouer entièrement à sa tâche. Nous pouvons donc nous représenter le jeune Chrysostôme instruit dans les saintes lettres par sa mère, comme Timothée l’avait été autrefois.
Mais le jeune homme devait aussi avoir une vocation terrestre. Sa mère le destinait au barreau ; il fit donc les études nécessaires pour cette carrière, et se distingua bientôt par son éloquence. Il était ainsi en grand danger d’être entraîné dans le monde et ses dissipations, mais les pieuses instructions de sa mère portaient leurs fruits. Il se dégoûta bientôt de la vie licencieuse des jeunes avocats, et vit aussi combien était difficile pour un chrétien l’exercice de cette vocation. Recevoir des honoraires pour avoir employé son éloquence à montrer qu’une mauvaise cause était bonne, ou au moins pour en atténuer la gravité, lui semblait un mensonge. C’était, pensait-il, le salaire de Satan et un péché contre sa propre âme.
Ce qui attirait Jean plus que l’éloquence mondaine, plus que la philosophie, c’était l’étude des Saintes Écritures. Dieu agissait dans son cœur pour l’occuper ainsi de ce qui est bien au-dessus de toutes les gloires du monde. Il s’adressa, pour satisfaire son désir, à Mélétius, alors évêque d’Antioche. C’était un homme doux et saint dans sa vie, et orthodoxe dans sa doctrine. Les dons excellents qu’il découvrit chez Chrysostôme le frappèrent ; il crut voir que ce jeune homme serait une lumière brillante dans l’Église. Après que Jean eut passé dans la retraite trois années, pendant lesquelles il fut instruit dans les saintes vérités du christianisme, il fut baptisé, et Mélétius l’ordonna pour être « lecteur ». Comme tel, il avait la charge de lire les Écritures dans les services publics de l’Église. Il n’en continua pas moins à les étudier diligemment pour lui-même. Un certain Diodore, qui était à la tête d’un monastère près d’Antioche, lui fut pour cela d’une grande aide. Il l’engagea à éviter les interprétations allégoriques de l’Écriture, si communes chez les docteurs de l’Église primitive et à la prendre dans son sens simple, lui laissant signifier ce qu’elle dit. Ces conseils furent plus tard très utiles à Chrysostôme lorsqu’il eut à instruire les autres, et donnèrent à sa prédication un cachet moral très pratique.
Chrysostôme vit bientôt combien le monde avait envahi l’Église, et combien peu la vie des chrétiens répondait à leur profession. Qu’en est-il de nos jours à cet égard ? Il résolut donc, avec un ami, de sortir du monde et de se chercher quelque lieu retiré où ils pussent pratiquer le plus rigide ascétisme, et ne s’occuper que des choses de Dieu. Nous avons déjà fait remarquer combien peu cela est conforme aux enseignements de la Parole de Dieu. La pieuse mère de Chrysostôme le supplia avec larmes de ne pas donner suite à son projet, de ne pas l’abandonner, elle qui était veuve, n’ayant que lui pour consolation et soutien. « Ne me rends pas veuve une seconde fois », lui disait-elle. « Pendant que je respire encore, supporte ma présence et ne t’ennuie pas de vivre avec moi. N’attire pas sur toi l’indignation de Dieu, en m’accablant par une si grande douleur ».
Chrysostôme renonça à s’éloigner de sa mère ; mais il se créa dans sa propre maison une sorte de retraite pour y vivre comme un ascète, en veilles, en jeûnes et en mortifications, couchant sur des planches nues, se relevant souvent la nuit pour prier, sortant rarement, et évitant le plus possible de parler, de peur de pécher de ses lèvres. Justement Il n’est pas besoin de dire que l’on peut vivre sobrement, et pieusement, selon l’enseignement de la grâce de Dieu (Tite 2:11-12), sans se livrer à ces pratiques exagérées qui sont le plus souvent le fruit de l’imagination et de la propre volonté (voir Colossiens 2:16, 20-23). « L’exercice corporel est utile à peu de chose », dit encore l’apôtre Paul (1 Timothée 4:8). Mais nous ne pouvons douter que Chrysostôme ne fût sincère, et ne crût par là échapper au monde et servir Dieu.
Au bout d’un certain temps cependant, sa mère étant morte, Jean, toujours poursuivi par la pensée qu’il devait se retirer encore plus entièrement du monde, quitta la ville et se joignit à un certain nombre de chrétiens qui étaient allés dans les montagnes voisines d’Antioche pour y mener la vie de cénobites. Mais trouvant que ce n’était pas encore assez pour crucifier la chair et la soumettre, il se retira seul dans une caverne du mont Casius. Là il était exposé au froid, ne prenait presque point d’aliments, et restait debout durant la nuit pour dompter le sommeil. S’il ne réussit point à tuer la chair, ce qui est impossible, il faillit se tuer lui-même par ses austérités. Au bout de deux ans, il dut retourner à Antioche, exténué et avec une santé détruite pour le reste de sa vie. Aussi longtemps que nous sommes ici bas, la chair est en nous et ne peut être ni tuée, ni domptée par les austérités les plus grandes. Combien n’y a-t-il pas d’âmes sincères qui en ont fait l’expérience ! La puissance de la vie en Christ par l’Esprit Saint est seule capable de nous faire remporter la victoire sur la chair (Galates 5:16-25).
Le temps que Chrysostôme avait passé dans la retraite n’avait pas été employé tout entier en exercices de pénitence. Jean avait continué à s’instruire et avait même écrit quelques ouvrages. À Antioche, il continua ses travaux et en même temps se dévoua au service des pauvres. Sa charité envers eux fut le trait distinctif de toute sa vie. À cette époque, il écrivit un livre pour consoler un ami qui croyait être incessamment possédé par un démon, et était tombé dans une mélancolie profonde. Il lui dit entre autres choses : « Va dans les hôpitaux et considère toutes les souffrances, les douleurs et les infirmités qui les causent ; visite les prisons et les malheureux qu’elles renferment ; va voir les pauvres dans leur dénuement ; et tu comprendras combien tu as tort de te plaindre de ta condition ». Et il ajoute : « En supprimant ta tristesse, tu désarmeras le démon ». Et, en effet, il est bien certain que c’est en nous occupant de nous-mêmes et de nos maux que nous donnons prise à l’ennemi. Mais Chrysostôme aurait aussi et surtout dû tourner les pensées de son ami vers Christ, par qui « nous sommes plus que vainqueurs » (Romains 8:37).
L’évêque Mélétius voulant que Chrysostôme eût un plus grand cercle d’activité, l’ordonna diacre. Comme tel il eut, non seulement à prendre soin des pauvres, mais aussi à instruire le peuple, tâche pour laquelle il avait un talent remarquable qui le rendit très populaire. Quatre ans plus tard, il fut ordonné prêtre par l’évêque Flavien, successeur de Mélétius. Flavien, connaissant le don remarquable de Chrysostôme, lui confia la tâche importante de la prédication. Pendant dix années, ce fut l’occupation principale de Chrysostôme. Ce que nous venons de dire montre comme l’ordre humain avait remplacé l’ordre divin dans l’Église. C’étaient des hommes qui ordonnaient, qui consacraient, qui appelaient à tel ou tel ministère ; ce n’était plus, comme au commencement, l’Esprit Saint qui qualifiait et envoyait (Actes 13:2-4 ; 1 Corinthiens 12:7-11). Toutefois, nous ne pouvons douter que le Seigneur dans sa grâce ne se servît, alors comme maintenant, de quelques-uns de ces évêques ou prêtres lorsqu’ils étaient fidèles dans ce qu’ils connaissaient et dévoués au Seigneur. C’est ce que nous voyons chez Jean Chrysostôme.
Il était doué, avons-nous dit, d’une grande éloquence. Les foules se pressaient pour l’entendre. Mais malheureusement ce n’était pas tant pour l’amour de la vérité et pour satisfaire les besoins de leurs âmes, que pour avoir leurs oreilles charmées par des discours bien dits. Ce n’est pas que Chrysostôme n’exposât pas la vérité ou qu’il flattât leurs vices ; au contraire, il s’élevait avec force contre la corruption, le luxe et l’orgueil qui régnaient dans cette grande ville. Mais c’était pour ses auditeurs comme une musique agréable à entendre ; leur cœur et leur conscience restaient en général insensibles à ses paroles. Ils se laissaient même aller, quand les parties de ses discours leur semblaient particulièrement belles, à applaudir comme dans un théâtre. Chrysostôme s’en affligeait, censurait fortement ses auditeurs, et leur reprochait sans cesse d’être plus assidus à ses prédications qu’aux prières publiques. Mais rien n’y faisait, et, comme passant d’un divertissement à un autre, ils sortaient de l’église pour se rendre aux jeux du cirque. Voilà à quel niveau était descendue la vie chrétienne dans cette Antioche où Paul avait tant travaillé, et où Barnabas exhortait les âmes converties au Seigneur à Lui demeurer « attachés de tout leur cœur » (Actes 11:23). Au temps de Chrysostôme, il n’y avait plus que la profession de christianisme. Le nom seul de chrétien restait ; pour le reste on ne différait guère des païens. On avait « la forme de la piété », mais on en avait « renié la puissance » (2 Timothée 3:5). L’état de choses de nos jours ne ressemble-t-il pas beaucoup à celui que présentait alors Antioche et le monde chrétien ? Souvenons-nous que Dieu demande de nous la réalité de la piété dans le cœur et dans la vie.
Mais Dieu allait frapper d’un grand coup ce peuple indifférent et léger, attaché aux voluptés plus qu’à Dieu.
En l’an 387, à l’occasion de taxes nouvelles imposées par l’empereur, le peuple d’Antioche se souleva et se livra à des actes de violence. Les bains publics furent saccagés, on attaqua le prétoire, et le gouverneur, incapable de résister, fut obligé de s’enfuir. Dans sa fureur inconsidérée, le peuple détruisit les images des empereurs, et renversa et brisa les statues de Théodose, l’empereur d’alors, et de l’impératrice Flaccille. L’apparition d’une troupe d’archers envoyés par le préfet, empêcha d’autres dégâts, et l’ordre fut enfin rétabli. Mais la consternation et l’effroi remplirent alors la ville coupable. Que dira et fera l’empereur en présence de cette insulte faite à lui et à sa femme bien-aimée ? Nous avons vu, dans l’histoire d’Ambroise, combien Théodose était terrible dans ses mouvements de colère. Tout le monde craignait que dans un premier mouvement d’indignation, il n’ordonnât de détruire la ville et ses habitants, comme le lui conseillaient ses courtisans. Il se contenta d’envoyer deux commissaires avec des pleins pouvoirs et des ordres rigoureux contre ceux que l’on trouverait coupables.
La terreur régna bientôt dans la malheureuse ville, car les commissaires impériaux avaient commencé par jeter en prison les plus riches citoyens, par confisquer leurs biens et soumettre à la torture ceux qu’ils croyaient les plus coupables. Que faire dans ces cruelles circonstances ? Le vieil évêque d’Antioche donna alors un grand exemple de dévouement. Malgré son âge avancé, ses infirmités et une sœur mourante qui réclamait ses soins, il se décida à aller à Constantinople pour implorer le pardon de l’empereur. Pendant son absence, Chrysostôme le remplaça, s’efforçant par ses discours de calmer les craintes du peuple, de le consoler et de l’encourager en lui faisant tout espérer de la clémence de l’empereur. En même temps, il profitait de la circonstance pour appeler les inconvertis à la repentance. « Si l’on redoutait à ce point », disait-il, « la colère d’un empereur qui n’était qu’un homme, combien plus fallait-il craindre celle d’un Dieu offensé par nos péchés ! »
Chrysostôme ayant dû s’absenter, les terreurs du peuple reprirent avec plus de force. Il voulait quitter la ville et fuir au désert. Le gouverneur, qui était cependant un païen, se rendit lui-même dans l’église pour rassurer la multitude. À son retour, Chrysostôme s’indigna du manque de foi des chrétiens. « Bien loin de vous laisser instruire par le gouverneur », leur dit-il, « c’est vous qui auriez dû faire la leçon aux infidèles ».
Des ermites chrétiens descendirent aussi de leurs retraites dans la montagne, pour venir soutenir le courage des malheureux habitants d’Antioche. L’un d’eux, rencontrant au milieu de la ville les commissaires impériaux, les arrête, leur ordonne de descendre de cheval, et leur dit : « Portez de ma part ce message à l’empereur. Tu es empereur, mais tu es homme, et tu commandes à des hommes faits à l’image de Dieu. Crains la colère du Créateur, si tu détruis son ouvrage. Tu es irrité, parce qu’on a abattu tes images : Dieu le serait-Il moins si tu détruis les siennes ? Tes statues de bronze sont déjà rétablies sur leurs bases, mais quand tu auras tué des hommes, comment réparer ce mal ? Peux-tu les ressusciter ? »
Flavien cependant était arrivé à Constantinople et avait été admis devant l’empereur. Celui-ci commença par rappeler les faveurs qu’il avait accordées à Antioche, et se plaignit de l’ingratitude de ses habitants et de l’insulte qu’ils lui avaient faite. Flavien reconnut les bontés de l’empereur et les torts du peuple, puis il adressa un appel fervent à la clémence de Théodose. Nous ne pouvons citer ici tout son discours ; en voici seulement quelques paroles : « Songe », dit-il, « qu’à cette heure, les Juifs et les Grecs, le monde civilisé et les barbares, ont appris nos malheurs. Ils ont les yeux sur toi, et attendent l’arrêt que tu porteras sur nous. Si ta sentence est humaine et généreuse, ils rendront gloire à Dieu et diront : Qu’elle est grande la puissance du christianisme ! Cet homme qui pouvait tout perdre et détruire, elle l’a soumis. Il est grand, le Dieu des chrétiens. Il élève les hommes au-dessus de la nature… ». « Je viens », dit-il encore, « au nom du Souverain des cieux, pour dire à ton âme clémente et miséricordieuse ces paroles de l’Évangile : Si vous remettez aux hommes leurs offenses, Dieu vous remettra les vôtres. Souviens-toi de ce jour où nous rendrons compte de nos actions… Je te conjure d’imiter ton souverain Maître qui, malgré nos fautes, ne se lasse pas de nous prodiguer ses bienfaits ».
Théodose fut touché et fléchi par les paroles de Flavien. Il pardonna à la ville coupable en disant : « Qu’y a-t-il d’étonnant si nous autres hommes, nous pardonnons à des hommes qui nous ont offensés, lorsque le Maître du monde, descendu sur la terre, fait esclave pour nous, et mis en croix par ceux qu’Il avait comblés de biens, a prié son Père pour ses bourreaux, disant : Pardonne-leur, Père, car ils ne savent ce qu’ils font ! »
On aime à entendre ces paroles sorties de la bouche du grand empereur. On y voit que le christianisme avait une influence réelle et puissante sur lui. Flavien retourna en hâte annoncer la bonne nouvelle au peuple d’Antioche, et les pleurs y furent changés en joie.
Les prédications de Chrysostôme pendant cette période où la colère de l’empereur planait sur Antioche, ne furent pas sans fruit. Plusieurs des citoyens païens furent gagnés à la foi chrétienne, et il eut ensuite à leur consacrer beaucoup de soins pour les établir dans la vérité. Il n’eut pas moins à faire auprès de ceux qui se disaient chrétiens, pendant les dix années de son ministère à Antioche. Ses discours ne traitaient pas en général de la doctrine ; il exhortait surtout à la pratique de la vie chrétienne. Il combattait chez les riches l’amour du luxe et des plaisirs, et les engageait à la charité envers les pauvres. Il censurait l’abandon des assemblées où l’on venait en foule les jours de fête, mais que l’on négligeait les autres jours. Il se plaignait de ce que l’on ne craignait pas de s’exposer à la fatigue et à la chaleur pour les affaires ou les divertissements, tandis qu’on les redoutait lorsqu’il s’agissait d’aller entendre la Parole de Dieu. Il insistait avec force auprès de ses auditeurs sur la nécessité de prêter une sérieuse attention aux enseignements qui leur étaient donnés, et les pressait de montrer dans leur conduite qu’ils avaient vraiment pénétré dans leur cœur. « La meilleure instruction », disait-il, « vient de l’exemple. Quand même vous ne parleriez pas, si, à votre sortie de l’assemblée, le calme de votre maintien, vos regards, votre voix, montrent à ceux qui n’y sont pas venus, le profit qu’a tiré votre âme de ce que vous avez entendu, ce sera une puissante exhortation. Que tous aient la preuve du bien que vous avez reçu. Ils l’auront, cette preuve, s’ils voient que vous êtes devenus plus doux de cœur, plus dévoués et plus pieux ». Ces paroles n’ont-elles pas leur application de nos jours ?
Un grand changement allait avoir lieu dans la vie de Chrysostôme. En l’an 397, Nectaire, évêque de Constantinople, mourut, et il fallut lui trouver un successeur. Nombre de candidats ambitionnaient une place aussi éminente, mais l’eunuque Eutrope, le tout puissant ministre du faible empereur Arcadius (*), déploya toute son influence sur celui-ci pour l’engager à choisir Chrysostôme comme évêque. Eutrope l’avait entendu prêcher à Antioche et avait été frappé de son éloquence ainsi que de sa vie austère et dévouée. Arcadius accéda à la proposition de son premier ministre, et on donna l’ordre au comte Astérius, qui gouvernait en Orient, d’envoyer Chrysostôme à Constantinople, sans dire à celui-ci de quoi il s’agissait. On craignait un refus de sa part, car il avait déjà décliné la charge d’évêque. D’abord Chrysostôme, enlevé par surprise, et conduit par des gardes de station en station, protesta contre cette étrange manière de faire à son égard. Mais, ayant appris le but de son voyage, et y ayant réfléchi, il crut voir dans le fait une direction de Dieu et se soumit.
(*) Théodose était mort en 395. Ses deux fils, Arcadius et Honorius, lui succédèrent. Le premier eut l’empire d’Orient dont Constantinople était la capitale ; le second régna sur l’Occident dont Rome était la métropole.
Grande fut la stupeur des évêques réunis à Constantinople lorsqu’ils apprirent la décision de l’empereur. Chacun d’eux avait espéré ou bien être nommé, ou pour le moins faire arriver à cette charge un de leurs protégés. Parmi les plus irrités se trouvait Théophile, évêque de la grande et célèbre ville d’Alexandrie en Égypte. Comme il sera encore question de lui dans cette histoire, quelques mots sur son caractère sont nécessaires. Théophile passait pour être très versé dans la science théologique, mais aussi pour un des plus méchants hommes de son siècle. Habile, actif, rusé, il exerçait sur les évêques qui dépendaient du siège d’Alexandrie et sur les prêtres de son église, une domination tyrannique. En même temps, avide d’or et d’argent et aimant le luxe, il n’hésitait pas, non seulement à dépouiller de leurs richesses les temples païens, mais à s’emparer aussi des biens des églises. Il ne craignait même pas d’user pour cela de violence. Tels étaient les sentiments qu’excitaient sa conduite et ses exactions, qu’on le flétrissait du nom de Pharaon chrétien. Triste tableau, et combien il fait contraste avec le caractère de l’évêque, comme nous le présente l’apôtre Paul : « Il faut que le surveillant (ou évêque) soit irréprochable comme administrateur de Dieu, non adonné à son sens, non colère, non adonné au vin, non batteur, non avide d’un gain honteux », etc (Tite 1:7-8, et voyez aussi 1 Pierre 5:1-3). Mais tel n’était pas Théophile, et bien d’autres évêques lui ressemblaient. Ils étaient de ces serviteurs qui disent : « Mon maître tarde à venir », et qui se laissaient aller à toute sorte de mal ; de ceux que l’apôtre désigne comme estimant que « la piété est une source de gain » (Matthieu 24:48-49 ; 1 Timothée 6:5). Ce Théophile qui avait déjà une grande influence à Constantinople, aurait voulu, pour l’augmenter encore, faire nommer un de ses prêtres comme évêque de cette grande ville. Déçu dans son espérance, il refusa d’abord de consacrer Chrysostôme, comme il y avait été invité. Mais Eutrope, qui connaissait des faits à sa charge et qui en avait les preuves, l’ayant menacé de le faire passer en jugement s’il continuait à s’opposer à l’ordination de Chrysostôme, Théophile céda et consacra lui-même Jean d’Antioche en présence d’une foule innombrable. Mais dans son cœur il garda contre lui une haine implacable, qu’il réussit à satisfaire plus tard, comme nous le verrons. N’est-il pas profondément affligeant de voir mêler tant de méchanceté avec le nom du Seigneur et un zèle apparent pour Lui ?
Voilà donc Chrysostôme évêque de Constantinople, la seconde capitale de l’empire, résidence de l’empereur d’Orient. Jetons un coup d’œil sur la manière dont il entendait remplir les devoirs de sa charge, et n’oublions pas que cette charge lui donnait rang parmi les plus hauts dignitaires de l’empire et accès auprès de l’empereur.
Son prédécesseur Nectaire avait vécu plus comme un haut fonctionnaire de la cour que comme évêque chrétien. Facile dans la vie, homme du monde, il avait un grand train de maison, et déployait beaucoup de magnificence, ayant une bonne table et donnant des festins aux clercs et aux laïques. Chrysostôme changea tout cela, et ramena tout à la plus grande simplicité. Les riches ameublements, la vaisselle précieuse, les robes d’or et de soie destinées aux évêques, les équipages somptueux furent vendus, ainsi que tous les vases et ornements de prix des églises. Le produit en fut consacré à des œuvres charitables et à des aumônes aux pauvres…
Comme évêque, il avait la surveillance du nombreux clergé de la ville. Or, sauf de très rares exceptions, tout ce clergé était extrêmement corrompu. Les clercs vivaient dans la dissolution et la mollesse, recherchant les tables des riches, visant à obtenir des mourants des donations, détournant ce qui appartenait aux pauvres. Chrysostôme réprima énergiquement tous ces vices et s’efforça de ramener prêtres et diacres à la simplicité et à la pureté de vie qui convenaient à leur profession, excluant de la communion les plus coupables. Il fit aussi revivre l’ancienne coutume des services religieux du soir pour les membres du troupeau que leurs occupations retenaient dans la journée. Ce fut un coup sensible pour le clergé, qui s’était habitué à l’oisiveté, et qui cherchait ses aises plus que le bien du peuple.
Chrysostôme réprimandait aussi fortement les veuves qui, au lieu de se conduire d’une manière modeste, vivaient dans la dissipation…
On voit combien avait à faire cet homme fidèle, qui avait à cœur de ramener l’ordre dans la maison de Dieu où tant de mal s’était introduit. C’est au sujet de cette corruption que le Seigneur reprend l’ange de l’assemblée de Pergame (Apocalypse 2:14-15). La période de l’Église durant laquelle Chrysostôme vivait, est précisément celle que préfigure Pergame.
L’évêque n’avait pas moins à faire avec ceux qui n’avaient point de charges dans l’Église. On ne saurait se faire une idée du luxe et de la mollesse, de la dissipation et de l’amour du plaisir qui régnaient à la cour et chez les grands. Chrysostôme aurait voulu les ramener à la simplicité, et leur faire consacrer au moins une partie de leurs richesses au soulagement des pauvres. C’était souvent le texte de ses exhortations. Il aimait les pauvres, les souffrants, les déshérités, et son cœur saignait en voyant l’égoïsme des riches à leur égard. Aussi le peuple de Constantinople, ces pauvres dont il prenait si généreusement le parti, était-il plein d’admiration pour son évêque et lui avait-il voué un attachement sans bornes. Quand il prêchait, les édifices sacrés étaient trop petits pour contenir les foules qui s’y pressaient.
En agissant comme il le faisait, l’évêque de Constantinople était sincère, et donnait dans sa vie l’exemple de ce qu’il aurait voulu voir chez les autres… Aussi sa sévérité lui attira-t-elle bientôt nombre d’ennemis dans le clergé et à la cour, surtout parmi les femmes riches dont il censurait les vices, si opposés à ce que l’apôtre Pierre demande des femmes chrétiennes (1 Pierre 3:3-5).
… Mais Chrysostôme avait à accomplir une œuvre plus belle, et où nous le voyons sous un autre jour. Les Goths, peuple barbare, avaient attaqué l’empire romain. Dans leurs incursions, ils avaient sans doute emmené, parmi leurs prisonniers, quelques chrétiens par lesquels ils apprirent à connaître le christianisme, et un grand nombre d’entre eux en vinrent à le professer. Persécutés par leurs propres rois, ces nouveaux chrétiens se réfugièrent dans certaines parties de l’empire romain où les empereurs leur permirent de s’établir. Ils étaient pour la plupart Ariens, sans bien savoir peut-être eux-mêmes ce qu’était cette profession religieuse ; mais l’empereur Valens, Arien lui-même, avait exigé d’eux qu’ils y adhérassent, sous peine d’être exclus du territoire de l’empire. Plusieurs étaient venus à Constantinople, et Chrysostôme, ému de compassion envers eux, se sentit pressé de prendre soin de leurs âmes. Il mit donc à part pour eux une des églises de Constantinople, fit traduire dans leur langue quelques portions des Écritures, et les leur fit lire par un prêtre de leur nation, qui leur adressait ensuite des exhortations. L’évêque lui-même prenait plaisir à venir parfois leur parler au moyen d’un interprète. Il eut toujours à cœur, et ce fut jusqu’à la fin une des préoccupations de sa vie, de répandre parmi les peuples barbares la connaissance de Christ. Dans ce but, il fit envoyer des missionnaires aux tribus des Goths et des Scythes qui habitaient sur les bords de la mer Noire ; plus tard, il s’efforça de convertir les païens, adorateurs d’Astarté (*), qui se trouvaient encore en grand nombre en Phénicie, et son zèle s’étendit jusqu’en Perse, chez les adorateurs du feu. On est heureux de voir brûler dans le cœur de Chrysostôme ce désir de faire connaître le nom de Christ. Il n’épargna pour cela ni ses peines, ni l’argent. Il y a encore de nos jours bien des peuples qui se prosternent devant les idoles, prions pour que la lumière de l’Évangile les éclaire, et pour les serviteurs de Dieu qui travaillent parmi eux.
(*) Astarté est cette divinité païenne que nous trouvons souvent mentionnée dans l’Ancien Testament sous le nom d’Ashtoreths ou Ashtaroth (voir Juges 2:13 ; 1 Samuel 7:4 ; 1 Rois 11:5, etc.).
Chrysostôme devait son élévation au siège de Constantinople à Eutrope. Cet homme ambitieux, avide de pouvoir et d’honneurs, espérait que l’évêque serait dans ses mains un instrument docile pour appuyer ses plans et ses desseins, qui étaient loin d’être toujours bons et justes. Mais il trouva en Chrysostôme un homme d’une tout autre trempe, qui ne craignait pas de blâmer, et même du haut de la chaire, ce qui ne lui semblait pas honorable et conforme à l’esprit chrétien, et cela chez les personnes les plus haut placées. Se mettre en opposition à Eutrope aurait exposé Chrysostôme à un grand danger, mais ce fut lui qui se vit bientôt appelé à protéger le hautain ministre. Voici dans quelle circonstance. Eutrope, irrité de l’influence toujours plus grande de l’impératrice et se croyant tout permis, s’emporta jusqu’à la menacer et lui faire entendre qu’il pourrait bien la faire chasser du palais. Eudoxie, profondément blessée, se plaignit avec véhémence à l’empereur. Celui-ci fit appeler Eutrope, le cassa de sa charge, lui retira tous ses biens, et lui ordonna de quitter le palais sous peine de la vie. Eutrope vit bien qu’il était perdu. L’impératrice avait donné ordre de le suivre et de le saisir ; il se savait détesté du peuple ; où se réfugier pour mettre sa vie à l’abri ? Autrefois, pour qu’aucun de ses ennemis ne pût lui échapper, il avait cherché à faire enlever aux églises le droit d’asile et n’y avait réussi que pour les criminels de lèse-majesté, c’est-à-dire d’offense contre l’empereur. Ce fut cependant là, dans l’église métropolitaine, que dans sa terreur il alla chercher un refuge. Poursuivi par les soldats et la populace qui demandaient sa vie, il souleva le voile qui cachait la table de communion, et embrassa une des colonnes qui la soutenaient. La foule envahissant l’église réclamait à grands cris le coupable, mais Chrysostôme refusa énergiquement de le livrer et, l’ayant fait cacher dans la sacristie, lui-même se présenta devant les soldats menaçants et demanda à être conduit auprès de l’empereur. Là il plaida la cause d’Eutrope de telle manière qu’Arcadius promit que la retraite du coupable serait respectée.
Le lendemain était un dimanche. Une foule immense remplissait l’église. Chrysostôme, choisissant pour texte les paroles de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités ! Tout est vanité » (Ecclésiaste 1:2), les appliqua au cas d’Eutrope qui était hier tout-puissant et que l’on voyait aujourd’hui pâle, couvert de cendres et tremblant, agenouillé auprès de la table de communion. Dans son discours, l’évêque fit ressortir combien sont instables tous les biens et les honneurs que la terre peut offrir, et combien il est dangereux et coupable de s’y fier en méconnaissant les droits de Dieu. Espérons que les pensées des auditeurs auront été tournées de la gloire et des biens périssables, vers les biens invisibles qui sont éternels et que personne ne peut nous ravir.
Eutrope, sauvé pour le moment, fut quelque temps après conduit à l’île de Chypre, puis ramené à Chalcédoine où il fut décapité, après avoir été condamné comme coupable de lèse-majesté.
Chrysostôme, dans ces temps si troublés, n’eut pas seulement à s’occuper de son ministère, en cherchant à réprimer le mal, en évangélisant et exhortant les âmes, en plaidant pour les coupables, il eut, chose étrange à dire, à protéger l’empire contre les Barbares, et cela par la seule puissance de sa parole.
En l’an 400, l’armée des Goths, sous la conduite de leur général Gaïnas, qui aspirait à occuper le premier rang dans l’armée impériale, s’approcha de Constantinople et menaça de s’emparer de la ville, si l’empereur ne lui livrait pas trois de ses principaux officiers. Ceux-ci, pour sauver l’État et épargner à l’empereur la honte de les livrer, se rendirent eux-mêmes au camp du Barbare. Gaïnas les fit charger de chaînes et, pour jouir de leur terreur, ordonna à un soldat de les décapiter. Mais celui-ci, d’accord avec son maître, se contenta de les effleurer de la pointe de son glaive, et Gaïnas les garda comme prisonniers. Ce Goth était Arien de profession, et exigeait d’Arcadius que l’on donnât à ses coreligionnaires une église dans Constantinople. Arcadius ne sachant que faire devant un si terrible adversaire, le renvoya à Chrysostôme. L’évêque, zélé pour la vraie foi au Fils de Dieu, se rendit sans crainte au camp des Barbares, et parla à Gaïnas avec une telle autorité que celui-ci ne sut que répliquer. Il renonça à sa demande d’une église et, plus tard, ses prisonniers aussi furent délivrés. Gaïnas lui-même, attaqué et défait par un autre général goth, périt en fuyant. Tous ces événements étaient pour Chrysostôme des occasions de montrer au peuple la fragilité des choses terrestres.
Ce que nous venons de raconter montre combien étaient variés dans ces temps-là les devoirs d’un évêque d’une grande ville, d’un évêque au moins qui, quels que fussent ses manquements, avait à cœur le maintien du christianisme, pour autant qu’il le comprenait. À mesure que l’empire déclinait, les évêques furent ainsi appelés à se porter pour soutiens et défenseurs de leurs troupeaux contre les Barbares. Nous aurons encore l’occasion de le voir. Pour le moment, nous allons considérer Chrysostôme aux prises avec des difficultés plus grandes que celles qu’il avait rencontrées jusqu’alors.
L’austérité de Chrysostôme, son zèle pour réformer le clergé corrompu de Constantinople et pour réprimander les grands à cause de leur luxe et de leur mollesse, lui avaient fait beaucoup d’ennemis. L’impératrice, dont il ne pouvait flatter l’orgueil toujours plus grand, s’était aussi rangée contre lui. Cela encouragea ses ennemis à chercher une occasion de le perdre et de se débarrasser ainsi d’un censeur importun, et cette occasion se présenta bientôt.
L’église d’Éphèse, dont il est tant question dans le Nouveau Testament, était alors dans le plus triste état. Son évêque, indigne d’une telle charge, était mort, et plusieurs candidats se disputaient sa place, cherchant chacun à obtenir les suffrages du peuple en répandant de l’argent. Des partis se formaient ainsi, prêts à user de violence les uns contre les autres pour faire prévaloir leur candidat. Triste spectacle, pour une assemblée chrétienne. Le clergé de la ville, ne sachant comment mettre fin au désordre, demanda à Chrysostôme de venir les aider. Voici ce qu’on lui écrivait : « Depuis nombre d’années, nous sommes gouvernés contre toute règle et tout droit. Nous te prions donc de vouloir bien te rendre ici, afin que l’église des Éphésiens recouvre par tes soins une forme digne de Dieu. D’un côté les Ariens, d’un autre l’avidité et l’ambition des faux catholiques (*) nous déchirent à l’envi. Une foule de loups violents guettent leur proie, attendent de ravir par de l’argent le siège épiscopal ».
(*) On nommait catholiques, par contraste avec les Ariens, ceux qui retenaient la confession de foi de Nicée.
Chrysostôme, bien que malade, partit sur le champ. Son premier soin, fut de proposer à l’église d’Éphèse comme évêque, Héraclide, diacre pieux et versé dans la connaissance des Écritures. Son avis fut adopté. Héraclide fut élu, puis consacré par Chrysostôme. Mais les candidats ainsi écartés, augmentèrent le nombre de ses ennemis. Il ne s’arrêta pas là. Il parcourut diverses provinces et déposa plusieurs évêques contre lesquels il avait reçu des plaintes, et dont quelques-uns étaient certainement tout à fait indignes d’occuper leur charge, et il les remplaça par d’autres. En tout cela, il était poussé par son zèle pour la justice et ce qu’il considérait son devoir envers Christ. Mais sa rigidité soulevait contre lui ceux à l’égard desquels il l’exerçait.
Pendant ce temps, on machinait sa ruine à Constantinople. Il avait laissé à Sévérien, évêque de Gabales, qu’il croyait son ami, le soin de le remplacer. Mais Sévérien, homme plein de vanité, se laissa gagner par les avances de l’impératrice et des ennemis de Chrysostôme, dont on lui faisait espérer le siège. Deux évêques étrangers, Antiochus et Acacius, venus à Constantinople, se laissèrent aussi engager dans le complot. Sérapion, archidiacre de Chrysostôme et son ami, le pressait de revenir pour s’opposer aux menées de ceux qui voulaient le perdre. Mais Chrysostôme désirait achever sa tournée. Enfin, au bout de trois mois d’absence, il rentra à Constantinople. Le peuple, averti de son retour, accourut avec joie à la rencontre de son évêque bien-aimé, le bienfaiteur infatigable des pauvres, dont la vie simple et dévouée était d’accord avec son enseignement.
Chrysostôme ne pouvait faire autrement que reprendre Sévérien de la manière dont il avait agi pendant son absence. Il blâma sa conduite mondaine, sa présence aux festins de la cour, ses visites fréquentes au palais impérial. « Toi et Antiochus, lui dit-il, vous menez la vie de parasites et de flatteurs ; vous êtes devenus la fable de la ville ». Malheureusement ces reproches bien mérités, au lieu d’atteindre la conscience de Sévérien, ne firent qu’augmenter son ressentiment contre Chrysostôme.
Celui-ci alla plus loin. Prêchant sur un passage du livre des Rois (1 Rois 18:19), il attaqua publiquement ceux qui menaient cette vie de parasites à la table des grands et de l’empereur. « Rassemblez autour de moi, dit-il, ces prêtres du déshonneur qui mangent à la table de Jézabel, afin que je leur dise comme autrefois Élie : Jusqu’à quand hésiterez-vous entre les deux côtés ? Si Baal est Dieu, suivez-le. Si la table de Jézabel est Dieu, mangez-y jusqu’au vomissement ». Que Chrysostôme y eût pensé ou non, ses ennemis irrités par ces paroles énergiques qui les condamnaient, se hâtèrent de les rapporter à l’impératrice, comme s’il avait voulu la désigner sous le nom de Jézabel. L’impératrice n’oublia pas ce fait. Ainsi s’accroissait l’inimitié contre lui.
Sérapion avait accusé Sévérien d’avoir blasphémé contre Christ. Chrysostôme ajouta trop facilement foi aux paroles de l’archidiacre. Il déposa Sévérien et le bannit de la ville. L’impératrice qui favorisait Sévérien, demanda à Chrysostôme de lever l’interdiction qu’il avait prononcée, et comme il refusait de céder à ses sollicitations, Eudoxie, un jour de grande fête, entra dans l’église avec son jeune fils dans ses bras et le déposa sur les genoux de Chrysostôme. Puis les mains étendues sur la tête de l’enfant, elle conjura l’évêque de pardonner à Sévérien. Quelle scène étrange ! Chrysostôme ne put refuser, il pardonna et la réconciliation eut lieu publiquement. Mais ce n’était qu’un répit. Les ennemis de l’évêque poursuivaient toujours le plan qu’ils avaient formé de se débarrasser de lui.
Un incident leur en fournit l’occasion. Théophile, cet évêque d’Alexandrie, qui avait été forcé par Eutrope de consacrer Chrysostôme, était resté depuis ce temps son ennemi acharné, et le moment était arrivé où il put assouvir sa haine. Il est triste d’avoir à parler ainsi d’hommes qui étaient à la tête de l’Église, mais c’est la vérité, et cela nous montre ce que peut cacher le cœur de l’homme sous des apparences religieuses. Le trait suivant le fait voir d’une manière frappante. Il y avait dans les déserts de Nitrie et de Scété près de l’Égypte, des moines qui avaient pour supérieurs quatre frères que l’on nommait « les longs frères ». Ce nom étrange leur venait de leur haute stature. C’étaient des hommes simples, paisibles, pieux, respectés de tous, s’occupant beaucoup de l’étude des Saintes Écritures, dans lesquelles ils étaient très versés. Ils étaient bien connus de Théophile qui voulut invoquer leur témoignage pour faire condamner un homme innocent, leur ami. Ils refusèrent et Théophile, furieux, les accusa d’hérésie, les fit traîner en prison, et alla jusqu’à les maltraiter. Puis prenant une troupe de soldats, il les conduisit lui-même dans le désert et leur ordonna de saccager et détruire les pauvres cellules tant des « longs frères » que des autres moines, et de brûler leurs livres. Voilà comment agissait un homme qui se disait évêque de Christ surveillant du troupeau qu’il devait paître avec amour. Les pauvres moines poursuivis par la haine de Théophile, obligés de fuir de lieu en lieu, résolurent enfin d’aller à Constantinople porter leurs griefs devant l’empereur et se mettre sous la protection de Chrysostôme. Celui-ci les reçut bien, après s’être assuré qu’ils ne tenaient aucune doctrine hérétique, mais les engagea à ne point adresser de requête à l’empereur. « C’est à l’Église, leur dit-il, de juger les choses de l’Église. Les tribunaux temporels n’ont rien à voir dans les débats qui intéressent le service de Dieu ». N’avait-il pas raison ? On peut lire à ce sujet ce que Paul dit en 1 Corinthiens 6:1-4.
Malgré l’avis de Chrysostôme, « les longs frères » impatientés d’attendre, présentèrent une requête à l’impératrice qui prit chaudement leur cause en mains. Un concile fut convoqué à Constantinople, et Théophile fut sommé d’y paraître pour répondre aux accusations portées contre lui. Il ne pouvait refuser d’obéir, mais rusé et habile comme il l’était, sachant combien Chrysostôme avait d’ennemis, il résolut de s’associer à eux, et d’accusé qu’il était, de se porter accusateur, et ainsi de faire tomber la condamnation qui le menaçait sur Chrysostôme lui-même. Il réussit à accomplir son dessein.
Après avoir donné ordre à vingt-huit évêques égyptiens de venir le rejoindre, il partit et débarqua à Constantinople avec une troupe de grossiers marins du port d’Alexandrie, tout dévoués à sa personne : singulière escorte pour un ministre de Christ ! Il apportait aussi de riches présents et abondance d’argent pour gagner ceux qu’il pourrait ainsi acheter. Il ne voulut point loger chez Chrysostôme, refusant toute communication avec lui, et ne s’arrêta même pas dans l’église pour rendre grâces, ainsi que c’était la coutume, mais se rendit avec faste à l’un des palais impériaux qui lui avait été préparé. Ensuite, par de somptueux banquets et par les dons des choses précieuses ou d’argent qu’il sut répandre avec habileté, il gagna bientôt la faveur du clergé et des principaux citoyens. Telle était la conduite d’un homme qui se disait évêque ou surveillant du troupeau.
L’empereur, cependant, avait été ému par les plaintes des « longs frères ». Un évêque et quatre abbés qui les avaient calomnieusement accusés de crimes de lèse-majesté et de magie, avaient confessé que les faits étaient faux et qu’ils n’avaient agi que pour obéir à Théophile. Ils avaient été déclarés coupables et condamnés à la peine de mort.
L’empereur, blessé dans ses sentiments religieux par la conduite de Théophile, eut la pensée de le faire traduire pour ces faits devant le futur concile. Il fit d’abord venir Chrysostôme pour le charger d’aller interroger Théophile. Mais Chrysostôme refusa respectueusement. « Je ne puis, dit-il, concourir à faire juger un évêque en dehors des limites de sa province. Les canons le défendent ». Sa conscience d’ailleurs ne lui permettait pas de se porter juge d’un ennemi déclaré. Théophile, par l’honnêteté de Chrysostôme, se trouva ainsi délivré d’un grand danger. Il fut libre alors de se tourner contre celui qui venait de l’épargner si généreusement, et il ne manqua pas de le faire. Au lieu de se montrer reconnaissant, il résolut de faire accuser Chrysostôme devant le concile qui avait été convoqué et de provoquer sa condamnation. Mais comme on craignait que la grande affection du peuple de Constantinople pour son évêque ne suscitât des troubles, les ennemis de Chrysostôme réussirent à faire transférer le concile à Chalcédoine, faubourg de Constantinople, mais de l’autre côté du Bosphore, et dans un endroit nommé « le Chêne », de sorte que le concile est souvent appelé de ce nom.
Trente-six évêques, et plus tard quarante-quatre, la plupart égyptiens et tout dévoués à Théophile, joints aux autres ennemis de Chrysostôme, composaient le concile ou synode. Le reste des évêques convoqués, une quarantaine environ, demeurèrent à Constantinople avec Chrysostôme auquel ils étaient attachés. Une liste de vingt-neuf chefs d’accusation fut dressée contre Chrysostôme par l’archidiacre de son église, homme haineux et brutal, qui ne pouvait lui pardonner de l’avoir autrefois éloigné de son clergé pour un acte de violence commis envers un enfant qui le servait. Plusieurs de ces accusations étaient frivoles, et le plus grand nombre dénuées de fondement et évidemment calomnieuses. Parmi les plus graves étaient celles d’avoir détourné des fonds appartenant à l’église, et d’avoir outragé l’impératrice qu’on l’accusait d’avoir désignée sous le nom de Jézabel. C’était un crime de lèse-majesté, entraînant le bannissement ou la peine de mort.
Tandis qu’à Chalcédoine on tramait sa perte, les évêques restés fidèles à Chrysostôme étaient rassemblés autour de lui, parlant de la méchanceté de Théophile, et exprimant leurs craintes au sujet de leur ami. Mais Chrysostôme prenant la parole, leur dit : « Priez, mes frères, et si vous aimez le Christ, que personne de vous n’abandonne son église à cause de moi, car je puis dire avec l’apôtre : Le temps de mon immolation est proche ; j’ai combattu et achevé ma course (voir 2 Timothée 4:6-7). Je connais Satan et ses ruses ; il ne peut plus supporter la guerre que lui font mes enseignements. Que Dieu me fasse miséricorde ! Mes frères, souvenez-vous de moi dans vos prières ». Tous pleuraient en l’entendant. Quelques-uns, comme ne pouvant plus supporter cette scène, après avoir baisé l’évêque, voulaient sortir. « Restez », leur dit-il, « restez, mes frères ; asseyez-vous et cessez de pleurer, de peur de m’attendrir davantage. Je vous le répète : Christ est ma vie, et mourir m’est un gain » (Philippiens 1:21). Il disait cela, parce que le bruit courait qu’il serait mis à mort pour outrages à l’impératrice.
Quelle différence entre cette réunion d’hommes pieux, avec leur ami qui les encourageait par des paroles de l’Écriture, résigné qu’il était à ce que Dieu voudrait faire de lui, et ce synode où, comme nous allons encore le voir, la haine et la violence se déchaînaient contre un homme qui n’avait eu à cœur que le bien ! L’une de ces scènes repose de la tristesse que cause l’autre.
Le synode du Chêne avait envoyé à Chrysostome deux délégués pour le sommer de comparaître. Ils furent introduits et donnèrent lecture de la lettre qui lui était adressée dans ce but. Elle était conçue en des termes si outrageux que les évêques ne purent contenir leur indignation. Ils écrivirent une protestation adressée à Théophile : « Cesse », disaient-ils, « de bouleverser et diviser l’Église. Ne cherche pas, comme Caïn, à attirer Abel dans les champs. C’est à nous, qui sommes plus nombreux que vous, de te juger pour les crimes que tu as commis et dont nous avons les preuves ». Chrysostôme écrivit aussi pour dire aux évêques réunis au Chêne, qu’ils devaient avant tout exclure de leur synode ses ennemis avoués, tels que Théophile, Sévérien et d’autres, que sans cela il ne se présenterait pas. Ces lettres furent portées par trois évêques et deux prêtres.
Mais ils étaient à peine sortis que, coup sur coup, arrivèrent deux nouvelles sommations à comparaître, tant les ennemis de Chrysostôme avaient soif de le tenir entre leurs mains. La première était apportée par un notaire impérial, et la seconde par deux prêtres indignes de l’église de Constantinople. Chrysostôme refusa encore en donnant les mêmes raisons, et envoya trois évêques porter sa réponse. En l’entendant, l’assemblée des évêques fut saisie de fureur, et la chambre du concile présenta l’aspect d’une caverne d’assassins plutôt que de serviteurs de Christ. Ils se jetèrent sur les envoyés de Chrysostôme, les injuriant, déchirant leurs vêtements et les frappant avec violence. L’un d’eux fut attaché par le cou avec la chaîne que l’on avait préparée pour Chrysostôme, puis traîné hors de l’église, jeté dans une barque et abandonné à la dérive dans le courant du détroit !
Par deux fois encore, Chrysostôme fut sommé de comparaître. Sur son refus et pour forcer l’empereur d’intervenir, on dressa une liste d’accusations plus graves. Mais rien de tout cela n’ayant abouti, le concile procéda à l’audition des témoins, puis à la déposition de Chrysostôme. Quant au crime de lèse-majesté, le concile ne pouvait rien ordonner et laissait à l’empereur de prononcer de ce fait le bannissement du coupable. Arcadius ratifia la décision du concile.
Quand la sentence fut connue à Constantinople, la ville fut remplie du plus grand trouble. Le peuple se rassembla autour de la basilique et de la demeure de son évêque, afin de le protéger. On faisait dans les rues des processions, où des prières et des supplications étaient adressées à Dieu pour la vie de Chrysostôme. Tous demandaient hautement un concile général qui jugerait des faits. D’un autre côté, malgré les sollicitations des ennemis de l’évêque, l’empereur ne voulait pas user de violence pour le faire partir, car un mot ou un signe de l’évêque aurait suffi pour soulever le peuple. Mais Chrysostôme, au contraire, l’exhortait à la résignation et à la patience. « Gloire soit à Dieu pour toute chose », avait-il coutume de dire.
Cependant, le second jour après la déposition de Chrysostôme, Sévérien eut l’audace de monter en chaire dans une église et, dans son discours, de dire que c’était l’orgueil qui avait perdu Chrysostôme, et que cela seul suffisait pour justifier sa condamnation. À l’ouïe de ces paroles, l’auditoire indigné se souleva avec une telle violence que le lâche Sévérien ne s’échappa qu’à grand-peine. Chrysostôme ayant appris ce qui s’était passé, se rendit dans la basilique et fit au peuple un discours dont voici quelques paroles : « Une furieuse tempête nous assaille ; mais que craindrions-nous ? Nous sommes fondés sur le roc. Que les flots s’enflent, le navire de Jésus ne sombrera pas. Qu’ai-je à craindre, je vous prie ? La mort ? Mais Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. L’exil ? Mais la terre entière est au Seigneur. La confiscation des biens ? Mais je n’ai rien apporté dans ce monde, et je n’en emporterai rien ». Nous trouvons là, n’est-ce pas, des sentiments qui convenaient bien à un chrétien. Il en est de même des paroles qui suivent, et par lesquelles l’évêque exprime son désir de rester avec son troupeau pour le bien spirituel de celui-ci. Mais il eût été préférable qu’il s’abstînt de certaines paroles. Après avoir dit ce qui était vrai : « Savez-vous, frères bien-aimés, pourquoi l’on veut me perdre ? C’est que je ne fais point tendre devant moi de riches tapis, que je n’ai pas voulu porter des vêtements d’or et de soie, et que je ne fais point de festins pour satisfaire la gourmandise de certaines gens », il ajouta : « Il reste de la postérité de Jézabel, mais la grâce combat encore avec Élie. Hérodias danse encore en demandant la tête de Jean, et on la lui donnera, parce qu’elle danse ». Il désignait ainsi l’impératrice. C’était aller trop loin et manquer au respect dû aux puissances établies…
Ce discours fut sans doute rapporté à Eudoxie, car, le lendemain, un comte impérial vint ordonner à Chrysostôme de quitter la ville sur-le-champ. « Un navire est prêt », lui dit-il, « et j’ai ordre de te faire enlever par des soldats, si tu résistes ». L’évêque répondit : « Me voici, conduisez-moi où vous voudrez » ; mais il savait que le peuple voudrait le défendre s’il s’apercevait qu’on l’emmenait, et qu’il y aurait une terrible effusion de sang. Aussi, accompagné d’un garde, il sortit par une porte dérobée, et se cacha jusqu’au soir dans une maison voisine. La nuit venue, lui et son gardien se mirent en route pour le port. Mais il fut reconnu par quelques personnes, et le bruit se répandit qu’on l’enlevait. Aussitôt une foule accourut pour s’opposer à son départ ; mais lui avec autorité, leur dit : « Laissez-moi partir ; je dois obéir à l’empereur, et je ne veux pas qu’une goutte de sang de mon peuple soit versée pour moi ». Il s’embarqua, et le navire le conduisit à Hiéron, à l’entrée de la mer Noire. Mais cet endroit était très rapproché de Chalcédoine où ses ennemis se trouvaient encore. Craignant une embûche de leur part pour s’emparer de sa personne, il loua une barque avant que le jour fût levé, et se fit conduire plus loin, à la petite ville de Prénète. Dans le voisinage, se trouvait une villa dont il connaissait le maître, et il s’y réfugia.
Cependant, à Constantinople, la foule et les amis de Chrysostôme, courant aux églises et remplissant toutes les places, les portiques, et jusqu’aux portes du palais impérial, faisaient retentir l’air de leurs prières et du cri : « Qu’on rassemble un concile général ! » D’un autre côté, Théophile, fier de sa victoire, déposait les prêtres attachés à Chrysostôme et en nommait d’autres de son parti. Mais lorsqu’ils voulurent prendre possession chacun de son église, le peuple s’y opposa. Théophile, ayant voulu pénétrer dans la basilique, fut repoussé. Les grossiers Égyptiens de son escorte tirèrent leurs armes ; le peuple résista énergiquement. Le baptistère et l’église furent inondés de sang et remplis de cadavres. Les soldats arrivèrent, non pour mettre fin à la lutte, mais pour soutenir le parti de Théophile, et bientôt, non seulement la basilique, mais chaque église devint un lieu de carnage.
Tel fut le triste spectacle donné par la passion, l’ambition et la haine d’un évêque soi-disant chrétien. Quelle triste chose, et où en étaient venus les serviteurs de l’Église de Celui qui était doux et humble de cœur ! Mais il semble que Dieu n’ait pas voulu laisser sans avertissement ceux qui profanaient ainsi son nom et celui de son Fils. Dans la nuit, soudainement, un tremblement de terre ébranla la ville, et surtout le centre, les quartiers opulents, et particulièrement celui où se trouvait le palais impérial. Dans la chambre de l’impératrice, le lit, violemment soulevé fut projeté sur le pavé. Saisie de terreur, Eudoxie, pâle et les cheveux épars, se précipita dans la chambre de l’empereur, et se jetant à genoux, le supplia de rappeler sans retard Chrysostôme pour détourner la colère du ciel. « L’homme qu’on nous a fait bannir est un juste », dit-elle, « et Dieu se charge de le venger ». Dès que l’empereur lui eut accordé sa demande, elle se hâta d’écrire à Chrysostôme, et envoya courrier sur courrier pour précipiter son retour. On eut de la peine à le trouver, mais enfin le lieu de sa retraite ayant été découvert, on le pressa de partir. Il hésitait, craignant quelque embûche, mais l’arrivée d’un officier de l’impératrice qu’il savait lui être attaché, dissipa ses craintes, et il s’embarqua.
C’était la nuit, et en approchant de Constantinople, Chrysostôme vit la mer couverte de barques portant des milliers de torches, et d’autres milliers encore qui garnissaient le rivage. C’était le peuple accouru pour souhaiter la bienvenue à son évêque. Celui-ci hésitait à entrer dans la ville avant qu’un concile général l’eût absous. L’impératrice insistait pour qu’il revînt, et enfin le peuple l’alla chercher et l’amena malgré sa résistance à la basilique. Là on l’obligea de s’asseoir sur le siège épiscopal, et la foule prosternée lui demanda sa bénédiction. Il la donna, puis du haut de la chaire, il prononça des paroles de bienveillance à l’égard de l’impératrice à qui il disait devoir son retour. La paix sembla encore une fois rétablie entre Chrysostôme et l’impératrice. L’évêque avait repris sa place, et son premier soin avait été d’épurer son clergé en remplaçant les prêtres qu’avait établis Théophile. Mais cette paix n’avait point de fondements solides. Deux mois à peine s’étaient écoulés que de nouveau la guerre avait éclaté. L’orgueil de l’impératrice Eudoxie en fit naître l’occasion.
Bien qu’Eudoxie gouvernât en réalité l’empire par l’ascendant qu’elle avait pris sur Arcadius, elle aspirait à de plus grands honneurs. Elle voulait un rang égal à celui de son mari et le titre d’Augusta. Comme telle, des statues devaient lui être dressées et présentées à l’adoration du peuple. C’était une coutume des païens que les empereurs avaient conservée en vue d’augmenter leur prestige vis-à-vis du peuple. C’était une forme d’idolâtrie que la Parole de Dieu n’autorise pas, bien qu’Elle commande le respect et la soumission envers les autorités établies. Un ange lui-même ne permettait pas à Jean de lui rendre hommage : « Rends hommage à Dieu », lui disait-il (Romains 13:1-7 ; Apocalypse 22:8-9). Arcadius céda à la demande d’Eudoxie, et le sénat de Constantinople le ratifia par son vote.
Eudoxie fit donc ériger, sur une grande place, en face de la basilique de Sainte Sophie, une colonne de porphyre, sur laquelle fut placée sa statue en argent. L’inauguration en fut accompagnée, selon l’usage, de toutes sortes de réjouissances publiques, danses, représentations théâtrales, divertissements bruyants et licencieux, comme au temps du paganisme.
Chrysostôme avait toujours eu en horreur les spectacles. Il les considérait comme des inventions de Satan pour pervertir les âmes, et il avait raison. Rien n’est plus propre à détourner le cœur de Christ et des choses saintes, et à remplir les pensées et l’imagination de vanité et souvent d’impureté. Là se trouvent satisfaites la convoitise de la chair et la convoitise des yeux, contre lesquelles les jeunes gens sont mis en garde (1 Jean 2:15-17). Pour Chrysostôme, voir ces choses se produire devant la basilique où se rassemblaient les fidèles, entendre les cris et les applaudissements du dehors venant troubler le chant des cantiques et les instructions qu’il donnait à son troupeau, c’était une chose intolérable. Il s’en plaignit au préfet de la ville qui lui répondit que c’était la coutume, mais qu’il en référerait à l’impératrice. Cependant le lendemain, il sembla à Chrysostôme que le bruit avait redoublé. Cédant à son caractère impétueux, il monta en chaire, et dans son discours s’éleva avec force contre ces jeux profanes, contre ceux qui y prenaient part, contre les autorités qui les toléraient, et même contre celle en l’honneur de qui on les donnait. Il fit même encore allusion, dit-on, à Hérodias demandant la tête de Jean…
Ses ennemis, évêques et courtisans, saisirent cette occasion pour exciter contre lui l’impératrice. Celle-ci, irritée, demanda satisfaction à l’empereur. Mais comment faire condamner Chrysostôme ? Les évêques de la cour en suggérèrent le moyen. Chrysostôme avait souvent insisté pour qu’un concile général fût convoqué afin de l’absoudre de toutes les accusations portées contre lui au synode du Chêne. On rappela cette demande, et l’on pressa l’empereur de convoquer ce concile, où les évêques se faisaient forts d’obtenir la condamnation de Chrysostôme. C’est ainsi que leur haine poursuivait un homme dont au fond le seul crime était de chercher à faire mener une vie chrétienne à ceux qui se disaient chrétiens. Sa conduite austère condamnait leur amour du luxe, des richesses et de la faveur des grands, et ils ne le lui pardonnaient pas.
Le concile se réunit au commencement de l’année 404. Sur une centaine d’évêques présents, quarante seulement étaient favorables à Chrysostôme. Théophile d’Alexandrie avait été sollicité de venir présider le concile. Il refusa par crainte du peuple de Constantinople, à la colère duquel il n’avait échappé autrefois qu’à grand-peine. Mais il fournit par écrit l’arme perfide qui devait perdre Chrysostôme. Il rappela qu’il y avait un canon d’un concile tenu à Antioche en 344, portant que, si un évêque déposé par un concile reprenait sa charge de sa propre autorité, sans avoir été absous par un autre concile de la condamnation prononcée contre lui, il serait excommunié. Or, disaient les ennemis de Chrysostôme, il a été condamné par le concile du Chêne, il est remonté sur son siège épiscopal sans avoir été absous, de fait il est donc excommunié. À cela, les défenseurs de Chrysostôme répondirent qu’il n’était pas rentré de sa propre autorité, mais que, banni par l’empereur, il avait été rappelé par l’empereur ; que d’ailleurs le synode du Chêne ne pouvait être considéré comme un concile, puisqu’il n’était composé que de ses adversaires déclarés, les autres évêques étant restés avec lui ; et qu’enfin les canons du concile d’Antioche ne pouvaient être invoqués, puisque c’était un concile arien convoqué pour condamner Athanase, le défenseur de la vraie foi.
Les discussions se prolongeaient, et la fête de Pâques approchait. C’était une des grandes solennités religieuses, et l’empereur indécis se demandait ce qu’il aurait à faire. Chrysostôme était-il encore évêque ou non ? Pouvait-il communier avec lui ? Poussés par l’impératrice, les évêques ennemis de Chrysostôme se rendirent auprès de l’empereur et lui affirmèrent que la majorité du concile condamnait Chrysostôme, et qu’ainsi il était excommunié. Arcadius les crut et envoya un de ses officiers signifier à l’évêque qu’il eût à quitter sur-le-champ son église. Chrysostôme répondit avec calme et fermeté : « Je ne le puis. Dieu lui-même m’a confié cette Église pour prendre soin de son troupeau ; je ne l’abandonnerai pas. L’empereur peut me faire sortir de force ; la violence sera mon excuse devant Dieu ».
L’empereur recula devant la pensée d’employer la force. Il se contenta d’ordonner à Chrysostôme de demeurer comme prisonnier dans sa maison, et de ne point paraître dans la basilique. L’évêque se soumit d’abord, mais le samedi qui précédait le jour de Pâques approchant, il fut pris de remords. C’était le jour où les catéchumènes recevaient le baptême. Plus de 3000 devaient s’y présenter, et c’était l’évêque qui, après les avoir instruits durant toute l’année, présidait la cérémonie. Chrysostôme estimait que c’était son devoir devant Dieu de se trouver là, et, quel que fût le danger auquel il s’exposait, il résolut d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, dût-il y laisser sa vie.
Le samedi matin, il se rendit donc à la basilique. Ses gardiens n’osèrent le retenir, mais avertirent l’empereur. Celui-ci, ne sachant que faire, fit appeler les évêques Antiochus et Acacius, deux des adversaires déclarés de Chrysostôme, et leur dit : « Vous voyez le fruit de vos conseils ; que faut-il faire ? ». Tous deux dirent : « Chrysostôme n’est plus évêque ; il n’a pas le droit d’administrer le baptême ; nous prenons sa condamnation sur nos têtes ». L’empereur, rassuré par ces paroles et heureux de rejeter sur d’autres la responsabilité de ce qu’il allait faire, envoya des soldats avec ordre de reconduire de force Chrysostôme dans sa maison.
C’était le soir du samedi. Une grande foule remplissait la basilique. Les catéchumènes, dépouillés de leurs vêtements de dessus, descendaient avec ordre dans les piscines où ils étaient baptisés, lorsque tout à coup un grand bruit se fait entendre : des soldats, l’épée au poing, se précipitent dans la basilique, saisissent rudement Chrysostôme qu’ils entraînent vers sa demeure. Puis les uns, la plupart païens, courent vers le chœur et y commettent toutes sortes de profanations, tandis que les autres se dirigent vers les baptistères et les font évacuer à coups d’épées. Plusieurs des prêtres et des catéchumènes furent blessés, et, comme le dit un témoin oculaire : « Les eaux de la régénération furent souillées de sang humain ».
Les catéchumènes, chassés de la basilique, se réfugièrent avec les membres du clergé, prêtres, diacres et diaconesses, dans les Thermes de Constance, le plus spacieux des bains publics de la ville. Un grand nombre de personnes les y suivirent. On consacra les eaux des bains, et la cérémonie baptismale continua. En apprenant ce fait, les évêques irrités pressèrent un magistrat supérieur de chasser ces factieux qui, disaient-ils, osaient braver l’empereur. Le magistrat leur donna un de ses officiers nommé Lucius qui commandait une troupe composée en partie de rudes paysans thraces à moitié barbares, mais il défendit d’employer la violence. L’officier s’efforça de persuader à la foule de se séparer, mais il ne fut pas écouté. Il retourna au palais prendre de nouveaux ordres, et là, l’évêque Antiochus, après s’être raillé de lui, lui promit de l’avancement s’il exécutait, disait-il, les ordres de l’empereur. En même temps, il donna de l’argent aux soldats. Lucius, accompagné d’ecclésiastiques que lui avait donnés Antiochus, retourna aux Thermes. Il n’y fit plus de discours, mais donnant à ses soldats l’exemple de la violence, il s’élança dans la piscine, frappant, et les catéchumènes, et ceux qui administraient le baptême. Les soldats imitèrent leur chef, et de nouveau, de grandes violences furent commises. La foule fut dispersée et poursuivie à coups d’épée, et durant toute la semaine qui suivit Pâques, les persécutions continuèrent contre ceux qui restaient attachés à Chrysostôme, leur évêque légitime. Les prisons furent remplies de citoyens, de prêtres et de catéchumènes, qui le reconnaissaient comme tel. On leur donna le nom de « joannites », comme s’ils avaient formé une secte en dehors de l’Église. Pour eux, ils acceptaient avec joie les mauvais traitements, et faisaient retentir du chant des psaumes les prisons, devenues, dit un contemporain, les vraies églises de Dieu.
Quelles scènes étranges ! Jusqu’où était tombée l’Église de Christ !
Malgré les efforts des évêques amis de Chrysostôme, le concile prononça sa déposition et son excommunication, et deux mois après, ses ennemis arrachèrent à l’empereur l’ordre de son bannissement. Cette fois, ce fut sans retour. Après avoir prié avec eux, il prit congé des évêques qui lui étaient restés fidèles, et ensuite il dit adieu aux diaconesses de son église, femmes pieuses et dévouées qui lui étaient très attachées. « Je sens », leur dit-il, « que tout est fini ; ma course est achevée et vous ne verrez plus mon visage… Souvenez-vous de moi dans vos prières ». Il sortit secrètement de sa demeure pour éviter un soulèvement du peuple, se remit entre les mains des gardes, et gagna le port où il s’embarqua. Le navire l’eut bientôt emporté et déposé sur le rivage d’Asie.
Chose étrange, tandis qu’il s’éloignait ainsi de Constantinople, une tempête violente fondit sur la ville, et un incendie, allumé par on ne sait quelles mains, consuma la magnifique basilique de Sainte Sophie et la Curie ou palais du Sénat. Le feu menaça même la demeure de l’empereur.
Chrysostôme ignorait quel serait le lieu de son exil. Il l’apprit à Nicée. On l’envoyait à Cucuse, petite ville pauvre, sans ressources, perdue au fond d’une vallée sauvage du Taurus, exposée en été à des chaleurs brûlantes et aux froids les plus rigoureux en hiver, et de plus menacée souvent par les incursions de bandes de brigands. Quelque pénible que fût cette perspective pour un vieillard faible et souffrant, Chrysostôme l’accepta avec résignation. « Ne vous tourmentez pas », écrivait-il à Olympias, une de ses diaconesses, « de ce que vous n’avez pu obtenir pour moi la résidence que je désirais ; je suis résigné à celle-ci. Gloire à Dieu en toutes choses ! Je ne cesserai de le dire, quoi qu’il advienne ».
Ce fut un long et pénible voyage pour Chrysostôme, à travers un pays inculte et pauvre, sous un soleil torride, sans un ombrage ni un souffle d’air. Aussi arriva-t-il exténué à Césarée en Cappadoce. Il aurait aimé à s’y arrêter pour se reposer, mais la malveillance de l’évêque de cette ville et la haine de moines fanatiques et brutaux le forcèrent à partir.
Enfin, soixante-dix jours après avoir quitté Constantinople, il arriva à Cucuse. Là, il fut bien accueilli par l’évêque et par le gouverneur de la ville, et un riche habitant de l’endroit mit à sa disposition sa maison. Il passa environ trois ans dans cette ville. Si le reste de l’année le climat était supportable, les hivers y étaient des plus rudes, et le pauvre vieil évêque fut obligé de rester renfermé dans sa chambre, et même de ne pas quitter son lit, pour éviter le froid qui pénétrait partout. Chrysostôme cependant ne demeurait pas inactif dans son exil. Il écrivait à ses amis pour les encourager et les conseiller. Il excitait le zèle des chrétiens à extirper les restes du paganisme en Phénicie, et s’occupait à faire pénétrer le christianisme chez les Visigoths et en Perse. En même temps, il employait l’argent qu’il recevait à des œuvres de bienfaisance et à soulager les besoins de ceux qui l’entouraient.
Mais cette activité, l’influence qu’il exerçait toujours bien qu’exilé, le respect dont il était entouré, l’affluence des visiteurs qui venaient consoler sa solitude, tout cela ravivait la haine des ennemis du pieux évêque. L’impératrice Eudoxie n’était plus, il est vrai ; une maladie cruelle l’avait emportée trois mois et demi après le départ de Chrysostôme. Mais les évêques, acharnés dans leur haine contre lui, obtinrent de l’empereur qu’il fut transféré d’abord à Arabissus, lieu plus froid, plus désolé, et surtout plus isolé que Cucuse, et cela ne leur suffisant pas encore, ils parvinrent à le faire exiler si loin que sa voix ne pourrait plus se faire entendre. Ils espéraient aussi abréger ainsi sa vie. On choisit pour cela le pire endroit de l’empire, la petite ville de Pithyonte, au pied du Caucase.
Les ordres les plus rigoureux furent donnés pour le voyage qui devait se faire à pied, le plus rapidement possible, sans égards pour la faiblesse et l’état maladif du vieillard. On devait éviter les villes et les endroits où l’exilé aurait pu trouver quelque soulagement ou être l’objet de quelque intérêt. Afin d’assurer l’exécution de ces ordres barbares, on avait choisi pour chefs de l’escorte du prisonnier deux officiers que l’on savait rudes et brutaux, leur promettant de l’avancement s’ils s’acquittaient bien de leur tâche, et leur assurant cette récompense même si l’exilé mourait en route.
Le voyage commença donc. Le chemin à suivre était des plus pénibles. Sans pitié pour le vieillard, ses gardes le faisaient marcher la plupart du temps à pied, souvent sous des pluies torrentielles, ou, ce qui était un supplice bien plus douloureux, nu-tête (et Chrysostôme était chauve) sous les rayons d’un ardent soleil ; car c’était en été. Après trois mois de cette marche pénible, on n’était arrivé qu’à Comane, au tiers de la distance à parcourir. C’était une grande ville bien approvisionnée, où Chrysostôme aurait pu trouver quelque repos. Mais bien qu’il se traînât à peine, les gardes impitoyables, accomplissant les ordres reçus, le forcèrent à poursuivre sa route, et ne s’arrêtèrent qu’à cinq ou six milles de la ville, près d’une petite chapelle érigée sur la tombe du martyr Basilisque qui, au IIIe siècle, avait souffert pour la foi. Là on devait passer la nuit. Chrysostôme, entièrement épuisé, fut transporté et déposé dans une salle attenante à la chapelle. On raconte que, pendant son sommeil, l’exilé songea qu’il voyait le martyr se tenant debout à son côté et lui disant : « Aie bon courage, Jean, mon frère, demain nous serons ensemble ». Le prêtre qui desservait la chapelle, avait, dit-on, vu aussi en vision le martyr qui lui disait : « Prépare une place pour notre frère Jean ».
Quoi qu’il en soit, le matin venu, l’escorte se prépara à partir. Le prêtre, voyant l’extrême faiblesse du prisonnier, essaya, mais sans succès, de les retenir quelques heures. Les officiers, au contraire, hâtèrent le départ. Ils n’avaient pas fait plus de trente stades (environ cinq kilomètres) que Chrysostôme fut atteint d’un violent accès de fièvre. Craignant qu’il ne mourût sur la route, on le ramena à la chapelle. Le vieillard sentant sa fin approcher, se fit revêtir de vêtements entièrement blancs, prit la cène des mains du prêtre, pria avec ferveur et termina sa prière par ses paroles favorites : « Gloire soit à Dieu pour toutes choses ! Amen ». Puis s’étendant sur la dalle, il s’endormit. « Son âme », dit celui qui raconte ces scènes, « avait secoué la poussière de cette vie mortelle ». Un sépulcre neuf se trouvait dans le voisinage de la chapelle ; c’est là que son corps fut déposé. Il était âgé de soixante ans, avait été évêque dix ans, mais en avait passé plus de trois en exil.
Trente ans plus tard, l’empereur Théodose II, fils d’Arcadius, afin de satisfaire au vœu du peuple, fit transporter à Constantinople les restes de Chrysostôme, et ils furent déposés dans l’église des saints apôtres où étaient les tombeaux des empereurs. Théodose et sa sœur Pulchérie implorèrent le pardon du ciel pour les maux que leurs parents avaient infligés à ce saint évêque.
Telle fut la fin de cet homme remarquable. Nous avons retracé son histoire dans le but de montrer dans quel triste état l’Église était déjà tombée, surtout dans la personne de ceux qui auraient dû être les modèles du troupeau ; pour faire voir aussi que Dieu avait cependant des serviteurs fidèles au milieu de la corruption croissante, comme cela a eu lieu de tout temps ; et enfin, pour nous rappeler que ceux qui veulent vivre selon la piété seront persécutés.
Chrysostôme jugeait sévèrement le mal moral qui régnait dans l’Église, tant chez le clergé que chez les grands et les riches. Il mettait au jour leur folie et leurs péchés, les exhortant à y renoncer. Un des traits de son caractère était son amour pour les Saintes Écritures, amour qui, sans doute, lui avait été inspiré par sa pieuse mère. Il les cite continuellement dans ses écrits et exhortait constamment son troupeau à les lire. Il n’admettait pour excuser la négligence de ce devoir, ni les affaires, ni les occupations de famille. « C’est un livre clair », disait-il, « chacun peut le comprendre, même les artisans, les esclaves et les femmes. Le lecteur attentif et sérieux en tirera profit, quand même il n’aurait personne pour le lui expliquer. Il ne servirait à rien de l’avoir seulement dans ses mains ou d’en suspendre des passages autour de son cou, il faut les posséder dans son cœur ». Dans ces jours où l’on n’avait encore que des manuscrits, peu de personnes pouvaient acheter même un Nouveau Testament en entier. Chrysostôme les exhortait à en acheter des portions selon leurs moyens.
Il prêchait l’amour de Dieu, la divinité de Christ et l’expiation par sa mort, la personnalité et l’œuvre du Saint Esprit dans l’âme, la nécessité de la sainteté, la marche par la foi et le bonheur éternel qui attend les fidèles…