COLOMBAN
C’est ainsi que Colomban, qu’il ne faut pas confondre avec Colomba, bien qu’ils vécussent à peu près dans le même temps, « sentant », dit un auteur, « brûler dans son cœur le feu que le Seigneur est venu allumer sur la terre », résolut d’aller porter l’Évangile jusqu’au-delà des frontières de l’empire des Francs. Né en Irlande, il avait passé ses premières années à Iona, puis il avait été dans le grand et célèbre couvent de Bangor, en Irlande. Il partit de là, en l’an 590, avec douze missionnaires, et se rendit dans les Gaules. La renommée de sa piété était arrivée aux oreilles de Gontran, roi des Burgondes, qui l’engagea à s’arrêter dans son pays. Mais Colomban refusa, et alla s’établir dans la contrée des Vosges, encore inculte et presque inaccessible. Là, les missionnaires, au milieu des grossiers habitants de ce pays qui les regardaient avec défiance, eurent d’abord à souffrir de grandes privations, ne trouvant souvent pour se nourrir que des herbes sauvages, des écorces d’arbres et quelques poissons. Graduellement cependant, les farouches indigènes s’adoucirent à leur égard. La vie sainte et dévouée de ces moines étrangers leur inspira du respect. Ils leur apportèrent des vivres, et croyant que leurs prières avaient une grande efficacité, ils réclamèrent leurs intercessions auprès de Dieu. Bientôt une foule d’entre eux se convertirent, et Colomban érigea en divers endroits des monastères, où régnait une discipline sévère en même temps qu’une profonde piété.
Colomban, en fidèle serviteur de Dieu, ne craignait pas, à l’exemple de Jean le Baptiseur autrefois, de reprendre les grands de la terre à cause de leurs péchés. Alors régnait en Bourgogne, Thierry II, le petit-fils de Gontran. Ce roi, soutenu et encouragé par son aïeule Brunehaut, fameuse par ses crimes, menait une vie des plus dissolues. Il se rendait cependant souvent auprès de Colomban pour solliciter ses prières, croyant peut-être par là expier ses péchés. Mais l’homme de Dieu se mit à le reprendre sérieusement de ses débordements, et le roi promit de se corriger. Alors Brunehaut l’excita contre le serviteur du Seigneur, et fit tout pour perdre celui-ci. Colomban, sachant qu’elle préparait des embûches contre lui, se rendit à la maison royale où, étant arrivé, il ne voulut pas entrer. Ayant appris qu’il était là, le roi lui envoya des présents pour l’honorer. Mais Colomban les refusa en disant : « Le Très Haut réprouve les dons de l’impie ; son serviteur ne peut pas les accepter ». Le roi et Brunehaut effrayés vinrent le supplier de leur pardonner, promettant de s’amender. Mais bientôt ils retombèrent dans leur vie de péché, et, pour se débarrasser des avertissements de l’homme de Dieu, Thierry, n’osant le faire mourir, le chassa de son royaume et le fit conduire à Nantes, où Colomban s’embarqua pour l’Irlande. Une tempête ayant repoussé le navire sur les côtes de Bretagne, Colomban vit en cela un signe que le Seigneur voulait qu’il continuât sa mission sur le continent. Il se rendit en Suisse et resta quelque temps sur les bords du lac de Constance, évangélisant avec son fidèle compagnon Gall les idolâtres de ces contrées. Puis il passa en Italie, où il travailla activement parmi les Lombards (*). Il mourut en l’an 616, au monastère de Bobbio qu’il avait fondé. Il s’était toujours opposé aux prétentions du pape, ou évêque de Rome.
(*) Là aussi il eut à évangéliser des païens, mais bien davantage à combattre l’arianisme, qui était la forme de christianisme de ces Barbares redoutés entre tous, établis en Italie du Nord depuis 568. Il baptisa leur roi à Milan, mais l’ensemble du peuple lombard n’abjura l’arianisme qu’en 658, et les Lombards devaient être encore pendant un siècle, jusqu’à ce que Charlemagne détruisît leur royaume en 774, un obstacle à l’expansion spirituelle et temporelle de la papauté romaine.
Quand Colomban partit pour l’Italie, il dut laisser son disciple Gall qui était tombé malade. Gall resta en Suisse, et, plus tard, annonça dans leur propre langue l’Évangile aux habitants encore païens de ce pays, et un grand nombre furent convertis. Il fonda le célèbre monastère qui porte son nom, et est considéré comme l’apôtre de la Suisse. Il mourut en l’an 627.
Ainsi, par le zèle et le dévouement de ces moines venus d’Écosse et d’Irlande, le christianisme se répandit dans les Pays-Bas, la Gaule, la Suisse, une partie de l’Allemagne et le nord de l’Italie. Ces chrétiens, libres du joug de l’Église romaine, firent plus que celle-ci pour faire connaître l’Évangile dans l’Europe centrale. Malheureusement, profitant de l’ignorance des temps qui suivirent, l’Église de Rome finit par entraîner les populations dans ses erreurs et les fit passer sous sa domination. L’Écosse et l’Irlande n’y échappèrent pas ; elles succombèrent après bien des luttes, et il ne resta que quelques faibles foyers de lumière, épars çà et là, jusqu’aux jours de la Réformation.