ATHANASE
Nous venons de voir quel tableau toujours plus triste présente l’histoire de l’Église sur la terre. Satan, l’ennemi de Christ, s’est efforcé dès le commencement de ruiner l’édifice que les apôtres avaient commencé d’élever (voyez 1 Corinthiens 3:10-15), en introduisant dans l’Église de mauvaises doctrines et de faux enseignements (voir Actes 20:30 ; 2 Pierre 2:1). Et enfin, il s’est attaqué, comme il le fait encore, au fondement même, à la Personne adorable du Seigneur Jésus Christ : c’est ce que faisaient Arius et ses sectateurs, c’est ce que font de nos jours tant de personnes au sein de la chrétienté.
Mais le fondement ne peut être ébranlé ; il demeure, en dépit de tous les efforts de l’ennemi. À Pierre qui avait dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus répond : « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès (la puissance de Satan) ne prévaudront pas contre elle » (Matthieu 16:16-18). Le Fils du Dieu vivant est le rocher inébranlable sur lequel l’Église, composée des vrais croyants, est bâtie ; tous les efforts de l’ennemi ne sauraient détruire le fondement, ni ce que Christ établit dessus.
Dans tous les temps, le Seigneur a suscité des témoins pour maintenir la vérité de ses paroles. Athanase, au 4ème siècle, fut un de ces témoins. Il combattit avec énergie et constance, fidèle à travers des persécutions, pour la doctrine fondamentale du christianisme, la divinité éternelle de Christ. Jetons un coup d’œil sur la vie de ce serviteur de Dieu, qui la consacra tout entière à la défense de cette vérité dont il comprenait et sentait toute l’importance, selon cette parole de l’apôtre : « Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jean 5:11-12). Et autre part : « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23).
Athanase était né de parents chrétiens à Alexandrie, vers l’an 296. Appliqué de bonne heure à l’étude des saintes lettres, il fut remarqué par l’évêque Alexandre, qui fit de lui son secrétaire et l’emmena en qualité de diacre au concile de Nicée. Là, comme nous l’avons vu, il défendit la vérité contre la fatale erreur d’Arius, et contribua puissamment à faire proclamer par le concile la divinité du Sauveur.
En l’an 326, Alexandre mourut, et l’église d’Alexandrie choisit pour son successeur Athanase qui n’avait alors que trente ans. Athanase qui comprenait les grands devoirs et les difficultés d’une telle charge, aurait bien voulu s’y soustraire, mais il céda aux instances pressantes des chrétiens d’Alexandrie, et s’appliqua dès lors de toute son âme à accomplir les devoirs de la position qu’il avait acceptée.
L’élévation d’Athanase au siège épiscopal d’Alexandrie, cette ville qui avait une grande influence dans le monde, remplit de joie tous ceux qui étaient attachés à la vraie doctrine scripturaire proclamée par le concile de Nicée ; mais les évêques qui tenaient le parti d’Arius, comme Eusèbe de Nicomédie et Eusèbe de Césarée, en éprouvèrent contre Athanase des sentiments d’inimitié d’autant plus grands. Ils réunirent tous leurs efforts pour le perdre, en amenant l’empereur à sévir contre lui. D’abord ils obtinrent de Constantin un décret ordonnant à Athanase, sous peine d’être déposé, de recevoir dans la communion de l’église d’Alexandrie Arius et ceux de ses adhérents qui le désiraient. Athanase répondit avec fermeté qu’il ne pouvait recevoir des personnes condamnées par une décision de toute l’Église.
Ses ennemis alors portèrent contre lui des accusations telles que l’empereur, à moitié persuadé de sa culpabilité, convoqua un concile à Tyr et ordonna à Athanase de s’y rendre. Bien que le concile se composât en grande partie de ses ennemis, il s’y présenta. On l’accusa, entre autres crimes, d’avoir fait mourir Arsène, évêque des Mélétiens, et d’avoir conservé un de ses bras pour servir à des opérations magiques. Pour preuve, on présenta un bras desséché renfermé dans une cassette. À cette vue un frisson parcourut l’assemblée, et même ceux qui étaient favorables à Athanase se demandaient comment il pourrait se disculper.
Mais lui, sans se laisser troubler, demanda si quelques-uns des évêques présents avaient connu personnellement la prétendue victime. Sur leur réponse affirmative, il fit introduire devant le concile un homme entièrement couvert d’un manteau. Écartant le vêtement, il demanda : « Est-ce ici Arsène que l’on m’accuse d’avoir assassiné, et dont j’aurais coupé le bras ? ». C’était en effet Arsène que les Ariens tenaient caché, mais qui s’était échappé de sa retraite et qu’Athanase faisait paraître pour confondre ses accusateurs.
Le Seigneur avait protégé son serviteur et manifesté son innocence, mais quel tableau nous avons là de l’état de l’Église, ou plutôt de ceux qui y occupaient la place de conducteurs !
Les ennemis d’Athanase ne se découragèrent pas. Laissant de côté les questions religieuses, ils l’accusèrent auprès de l’empereur d’avoir menacé d’arrêter le départ des vaisseaux qui devaient porter du blé à Constantinople, et cela afin d’amener une famine dans la nouvelle capitale de l’empire. Athanase comparut devant Constantin et se justifia aisément. Il ne fut pas moins déposé de sa charge et banni à Trèves dans les Gaules.
Sur ces entrefaites, Arius était revenu triomphant à Alexandrie. Mais sa présence y ayant suscité des troubles graves, l’empereur le fit venir à Constantinople où il ordonna à Alexandre, évêque de cette ville, de le recevoir dans la communion de l’Église le jour suivant, qui était un dimanche. Le vieil évêque — qui avait près de cent ans — dans sa perplexité se tourna vers le Seigneur le suppliant d’intervenir pour empêcher cette profanation. Arius se vantait déjà de son triomphe, mais dans la nuit, frappé d’une maladie douloureuse, il mourut. Constantin le suivit de près, ayant été baptisé seulement sur son lit de mort, comme nous l’avons dit.
Ses trois fils, Constantin, Constance et Constant, se partagèrent l’empire. Alexandrie se trouva dans la part de Constantin, qui rappela d’exil Athanase et le rendit à son troupeau, à la grande joie de celui-ci qui était profondément attaché à son évêque. Mais Constantin mourut en l’an 340, et les Ariens, soutenus par Constance, déposèrent de nouveau Athanase dans un concile tenu à Antioche en 341. Ils mirent à sa place Grégoire de Cappadoce. Cet homme, violent et éhonté, soutenu par le préfet d’Égypte, entouré d’une troupe de soldats et même de païens et de Juifs, s’empara de vive force des églises. Des scènes de violence et d’impiété eurent lieu, et Athanase ne put s’échapper qu’à grand peine. Il se réfugia à Rome où Jules, évêque de cette ville, le reçut, et où il resta sept années. Il fut protégé par l’empereur Constant, qui ne favorisait pas les Ariens, et qui obtint de son frère qu’un concile fût réuni à Sardique, en Illyrie, pour mettre un terme aux troubles dans l’Église. Athanase fut rétabli encore une fois dans sa charge, et Grégoire de Cappadoce étant mort, il put rentrer sans opposition à Alexandrie, où de nouveau il fut accueilli avec des transports de joie.
Mais sa tranquillité dura peu de temps. Il devait continuer à faire l’expérience que ceux qui veulent être fidèles au Seigneur souffriront de la part du monde. Constant mourut, et Constance, le protecteur des Ariens, devint seul maître de l’empire. Pour faire condamner Athanase, il convoqua à Milan un concile où il assista entouré de sa garde. Les ennemis d’Athanase présentèrent avec habileté sa déposition comme la seule mesure qui rendrait la paix à l’Église, et, malgré l’énergique protestation des amis de l’évêque, Constance prononça la condamnation d’Athanase qui fut solennellement déposé.
Il s’ensuivit une persécution contre tous les partisans de l’orthodoxie. Plusieurs furent emprisonnés et d’autres bannis. Athanase reçut l’ordre de quitter Alexandrie, mais son troupeau ne voulait pas le laisser partir. Un soir que l’évêque était dans l’église avec le peuple réuni autour de lui, un corps de 5000 soldats cerna l’église et voulut y pénétrer pour s’emparer de l’évêque. Celui-ci calma son troupeau terrifié, et ils commencèrent à chanter le Psaume 135:
« Louez le nom de l’Éternel ; louez-le, serviteurs de l’Éternel,
Qui vous tenez dans la maison de l’Éternel, dans les parvis de la maison de notre Dieu !
Louez l’Éternel ! car l’Éternel est bon ».
Mais les portes furent enfoncées, une troupe de soldats se précipita dans l’église et en chassa le peuple avec une violence cruelle. Athanase ne voulait pas fuir, mais le peuple l’entraîna, et ses amis parvinrent à le faire échapper. Il se réfugia parmi les moines et les ermites de la Thébaïde, errant durant six ans de solitude en solitude, poursuivi par les soldats envoyés pour se saisir de lui. Plusieurs de ceux qui le cachaient courant risque de leurs vies, il se vit forcé de s’enfoncer toujours plus avant dans les déserts. On raconte qu’ayant été reçu dans une maison, on l’avait caché dans une citerne vide. Une servante qui était chargée de lui porter des vivres, le trahit et découvrit le lieu de sa retraite. Mais la nuit où les soldats devaient venir le prendre, Athanase, par une direction de Dieu, avait quitté son lieu de refuge ; le maître et la maîtresse de la maison s’étaient aussi enfuis, et la servante demeurée seule, fut punie comme ayant donné au magistrat un faux avis. Quelle triste chose de voir un serviteur de Dieu ainsi poursuivi, non par des païens, mais par ceux qui prétendaient au nom de chrétien ! Hélas ! c’est un fait qui ne s’est que trop souvent reproduit dans l’histoire de la chrétienté.
Constance mourut en 361, et Julien l’Apostat lui succéda. On l’a surnommé ainsi, parce que, élevé dans la religion chrétienne, il retourna au paganisme qu’il favorisa de toutes ses forces. Au commencement, il rappela tous les évêques exilés. Il pensait ainsi montrer sa modération, tout en espérant qu’en laissant les partis chrétiens se combattre, le christianisme se détruirait par lui-même. Athanase revint donc à Alexandrie et se dévoua avec tant de zèle, soit à apaiser avec douceur les querelles, soit à annoncer l’Évangile, que nombre de païens se convertirent. Julien en fut très irrité et ordonna à l’évêque de quitter la ville. Athanase se cacha quelque temps dans le voisinage, et la mort de Julien, survenue après un court règne de 22 mois, lui permit de revenir auprès de son troupeau.
Il dut encore le quitter pendant quelques mois sous le règne de l’empereur arien Valens. Mais celui-ci, craignant que des troubles ne survinssent dans Alexandrie, où il savait que le peuple était fortement attaché à son vieil évêque, le laissa bientôt revenir occuper son poste. Athanase y termina paisiblement sa vie si agitée, dans l’année 373. Il entra dans le repos céleste, après avoir combattu fidèlement pour maintenir la gloire de son Seigneur et Sauveur. On peut lui appliquer les paroles de Jésus à l’ange de l’assemblée de Pergame : « Tu tiens ferme mon nom, et tu n’as pas renié ma foi » (Apocalypse 2:13). Il fut ainsi un des vainqueurs à qui est faite la belle promesse du verset 17: « Je lui donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc, et, sur le caillou, un nouveau nom écrit, que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit ». La communion intime et cachée avec son Sauveur consola et fortifia Athanase pendant les épreuves multiples de sa longue vie.
Citons, en terminant, quelques paroles de l’un des écrits de ce défenseur de la vérité : « Peut-on, si on a le moindre bon sens, ne pas aimer mieux se trouver du côté du petit nombre qui marchent dans la voie du salut, que d’être avec le grand nombre qui suivent la voie large aboutissant à la mort ? Vous pouvez préférer, si vous voulez, être dans la foule de ceux qui périront dans le déluge universel ; pour moi, je veux me réfugier et me sauver dans l’arche avec le petit nombre. Joignez-vous, si vous l’aimez, au grand peuple de Sodome, quant à moi je veux avec Lot me séparer de la multitude pour ne pas périr avec elle ».